16 juin 2013

Un voyage avec Marquez

L'Amour au temps du Choléra, Gabriel Garcia Marquez

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J'avais envie de lire ce livre depuis le film « Un amour à New York ». Pour celles (et ceux surtout) qui n'auraient pas leur brevet midinette, petit résumé : Kate Beckinsale tombe sous le charme de John Cusack au hasard d'une rencontre. Ils passent une journée merveilleuse ensemble à bavarder, pour ne finalement s'échanger que leurs prénoms, étant chacun engagés auprès de quelqu'un d'autre. Croyant aux forces karmiques et aux coups du destin, Kate inscrit son numéro de téléphone à l'intérieur d'un exemplaire de « l'Amour au temps du choléra », tandis que John inscrit le sien sur un billet de banque. Ils confient leurs destinées au premier bouquiniste venu, en se disant que, si le destin le veut, John retrouvera l'exemplaire du livre et Kate recevra le billet au hasard d'un achat. Le temps passe, sans que ni l'un ni l'autre n'ait pu oublier cette rencontre. C'est à la veille de son mariage que John reçoit finalement le fameux exemplaire de la part de sa future épouse qui avait remarqué sa lubie chez les bouquinistes. Le destin a lancé les dés, je vous laisse découvrir comment se termine la partie. Bref !

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Tout ceci n'a en fait rien à voir avec le livre de Marquez, mais aura au moins eu le mérite d'attiser ma curiosité pour un roman que je classerai parmi les classique de la littérature. Le hasard encore, m'aura fait rencontré une personne dont c'est l'un des livres favoris et il m'en a fait cadeau.

Voilà comment je me suis embarquée pour la Colombie de la fin du XIXème siècle avec Florentino et Fermina. La quatrième de couverture annonce la couleur, celle d'un amour déçu où la belle en épouse finalement un autre et l'amoureux trahi noie son chagrin dans les délices de la chair. Poser ainsi, ayant l'impression de connaître le dénouement,  on se pose forcément la question de l'intérêt d'un roman de plus de 400 pages (en format poche). Et de là se rappeler l'adage : Peu importe la destination pourvu qu'on prenne plaisir au voyage !

Et c'est en effet un vrai voyage que le style de Marquez. Ses phrases sont aussi tortueuses que le fil de sont récit. Le roman commence là où on s'attendrait qu'il finisse, remonte le temps pour narrer cette romance presque intangible entre Florentino et Fermina et nous décrit les différents visages de l'amour à travers la destinée des personnages. Marquez se sert des digressions en maître, allant à la limite de perdre son lecteur pour toujours le ramener au fil de son récit sous un angle nouveau. Il navigue avec aisance dans les nuances d'un vocabulaire riche et soutenu propre aux usages de la bonne société de l'époque mais n'hésite pas à évoquer la réalité des faiblesses du corps face aux affres de l'amour, de la maladie ou de la vieillesse.  Des coliques d'amour du héros, de l'odeur de sa propre urine dont se délecte le mari, du mot « pute » employé sans ambages, Marquez ne livre pas une romance éthérée mais bien l'amour vécu autant avec les cœurs qu'avec le corps. Point de détails scabreux rassurez-vous, mais les vicissitudes de l'amour pendant « cinquante-trois ans, sept mois, onze jours et onze nuits ». Cette confrontation entre la beauté des sentiments et la réalité des choses de la vie, ce texte poétique d'une densité presque étouffante, participent aussi à nous plonger au cœur des caraïbes, dont l'image paradisiaque des cartes postales cache la moiteur d'un air vicié par les mauvaises conditions d'hygiène et où, à cette époque,  la vie côtoyait chaque jour la mort à cause de l'omniprésence du choléra.

J'ai donc apprécié ce voyage, plus que je ne l'aurais cru au départ. Il est agréable parfois de se frotter à une littérature un peu moins accessible, et comme un sport qu'on pratique en tentant d'améliorer ses performances, de prendre plaisir à l'effort que demande la lecture. J'apprécie de franchir un cap dans ma vie de lectrice, qui telle l'apprentie œnologue ou cuisinière, apprend à gouter les différentes saveurs, à analyser le style de l'auteur, les subtilités de son écriture pour ne pas faire qu'aimer un ouvrage mais de savoir pourquoi on l'a aimé ou pas. J'ai ainsi goûté à quelque chose de différent, un met que je ne dégusterai pas forcément tous les jours, mais dont les saveurs charment d'autant plus les papilles que celles-ci seront entrainées à l'art subtil de la dégustation.

Petite anecdote: L'histoire est inspirée de celle des parents de Marquez!

 

 

 

Posté par Plume_d_ange à 16:53 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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